Les solidarités sans jugement

People forming star shape with their fingers.
©standret – freepik

Non, les réfugiés ne quittent pas leur pays de gaîté de cœur, non les enfants ne comparaissent pas chez le juge par plaisir, et oui les personnes qui portent un handicap ont quelque chose en plus, mais pas toujours ce que l’on croit. 

Ce dossier est construit avec les acteurs des solidarités, souvent surpris qu’on s’intéresse à leur activité. Élus, chefs d’entreprises, acteurs de terrains, salariés ou bénévoles, ils étaient libres d’en parler, ou pas. Des gens vrais, légitimement fiers de ce qu’ils font, heureux qu’on s’intéresse à la cause des êtres les plus fragiles ; ravis qu’on mettre le doigt sur leur immense fragilité.

Bien entendu le dossier n’est pas exhaustif, tant les besoins sont eux aussi immenses. Pas question non plus de distribuer des bons et des mauvais points. La solidarité est une vertu que chacun conjugue à la hauteur de ses moyens.

 

Famille : guérir avant de protéger

Pour la solidarité avec la famille, c’est toute la société ou presque qui se met en mouvement. Si les conseils départementaux en sont les chefs de file, ils comptent sur une collaboration sans faille avec les hôpitaux, l’éducation nationale et la justice des mineures quand l’adolescent fait de mauvaises rencontres. La détresse familiale est souvent tragique. La solidarité est le seul remède.

Si la famille est la première cellule de la société, il lui arrive bien souvent d’être malmenée. De longue date, les Conseils départementaux ont la charge de porter la politique d’aide et d’accompagnement familiale. Le Loir-et-Cher a d’ailleurs été retenu parmi les départements pilotes pour la stratégie nationale de la protection de l’enfance. « C’est grâce au fait que nous avions décidé de conduire une politique de prévention, la préférant à la protection », explique Florence Doucet, vice-présidente du conseil départemental en charge des affaires familiales. Il a fallu pour cela que nous changions d’architecture ». Le département est donc entré dans une phase de travail très en amont de ce qui se fait habituellement. En partenariat avec les acteurs habituels que sont l’Éducation nationale, la justice infantile, la CAF et le tissu associatif. Andréa Maillier est directrice du service Enfance Famille au conseil départemental du Loir-et-Cher : prévenir, c’est être en capacité de détecter très tôt ce qui va dysfonctionner. Cela commence avec les mamans fragiles, avant même leur accouchement. Il faut écarter les difficultés sociales et les carences éducatives. C’est ce que l’on appelle la prévention maternelle et infantile.

Prévenir, c’est éduquer

Il y a pour cela des permanences où les familles sont accueillies. Des sages-femmes et des conseillères conjugales sont à leur écoute, prônant la non-violence, l’égalité et le respect ; des valeurs fondamentales souvent oubliées dans certaines cellules familiales.

« Il y a des indicateurs qui ne trompent pas, poursuit Andréa Maillier, comme la déclaration de grossesse d’une femme seule de 18 ans. Les clignotants s’allument invariablement. Il y aura ensuite les certificats de santé à 8 jours, puis 8 mois et 9 mois de grossesse, qui nous diront aussi s’il y a lieu de s’alarmer pour la santé de la mère ou de l’enfant ». Chaque année, ajoutons cinq-cents interventions de sages-femmes auprès de mamans qui font un point prénatal au 4ème mois. Les interventions préventives se font aussi dans les écoles maternelles, où sont détectées les difficultés d’apprentissage, les troubles de la vue et les signes d’une éventuelle maltraitance. Les médecins libéraux et hospitaliers sont aussi des réseaux d’alerte incontournables.

« La solidarité se joue à tous les âges de la vie, observe Magalie Chevreau, adjointe à la direction de l’enfance. Il peut s’agir de soutien ponctuel à la formation d’un enfant, des frais de garde si la famille est en difficulté, le RSA bien sûr, mais aussi l’aide d’un travailleur social pour aider à la gestion quotidienne de la maison : réveil, toilette, courses, etc ».

Pour ces actions de grande proximité et presque d’intrusion dans la famille, les conseils départementaux conventionnent avec l’ADMR qui met à disposition l’équivalent de 14.000 heures de techniciens d’intervention sociale. Et cela peut aller jusqu’à imposer un éducateur qui va établir un cadre éducatif. « L’enfant a besoin de limites et de cohérence, insiste Andréa Maillier, ce qu’il n’a plus quand il n’y a pas d’autorité à la maison ». Alors le conseil départemental fait le pari de la thérapie familiale, affronte les séparations conflictuelles, les violences verbales et physiques, l’éducation délétère. Autant de maux que l’enfant encaisse et reproduira sans doute. « Nous faisons le pari de l’avenir, conclue Florence Doucet. 80 agents sont dédiés à la solidarité avec les familles, 230 assistants familiaux et travailleurs sociaux, cinq maisons de cohésion sociale et 23 services habilités pour l’hébergement. »

Ajoutons la création prochaine d’une structure d’accueil pour les enfants porteurs de handicap. Le cahier des charges est en cours d’écriture, l’appel à projet devrait être officialisé au mois de juin.  

Assistants familiaux, les départements recrutent

Les départements recrutent et forment des assistants familiaux. Cinquante pour le seul Loir-et-Cher. Dans le Loiret, ils sont déjà trois-cents, qui accueillent plus de six-cents enfants.

La protection commence par faire en sorte que les enfants restent au domicile familial, avec si besoin une surveillance par des éducateurs spécialisés. « L’idée est de garder le lien le plus possible avec le ou les parents » explique Alexandrine Leclerc.  Mais les cas les plus complexes sont pour certains à la limite de l’éducation, de la justice, voire de la psychiatrie.

Alors pour décliner la stratégie nationale de la protection de l’enfance, les partenaires ont été consultés : psychiatrie, ARS, tribunal d’instance, URIOPS, PJJ (protection judiciaire de la jeunesse)…

On commence par créer de nouvelles places en centre d’action sociale précoce, créer des pôles « ressource handicap » avec la CAF et l’ARS pour les enfants de moins de 6 ans. « Il faut agir vite, insiste Marc Gaudet, président du Conseil départemental, avant que les jeunes dont il est question, ne versent dans la délinquance ».

Alors les départements recrutent tout au long de l’année, de nouvelles « familles d’accueil » (ou assistants familiaux). Ceux qui existent déjà ont légitimement besoin de souffler quelques jours. D’où l’idée d’un dispositif de répits pour sécuriser les parcours.

Le département du Loiret recrute donc de nouveaux assistants familiaux. « Pour l’heure, nous n’avons réussi qu’à compenser les départs en retraite. L’objectif est d’en recruter pour atteindre 400 ».

Les conseils départementaux votent des budgets importants pour former et rémunérer ces familles. « C’est un vrai métier, insiste Marc Gaudet. Soixante heures de formation sont dispensées avant le premier accueil, puis l’obtention d’un diplôme d’Etat ».

Pour tout savoir, taper « Assistant familial » dans un moteur de recherche. Vous y apprendrez quelles sont les qualités requises et les formations à suivre.

Dossier réalisé par Stéphane De Laage

Retrouvez l'ensemble de notre dossier Solidarités dans nos éditions pdf à télécharger ici.
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