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Le capitalisme responsable selon Jean-Dominique Senard

Le patron du premier groupe automobile mondial, Renault-Nissan-Mitsubishi, a tenu à Orléans une conférence à propos de ce qu’il appelle le capitalisme responsable. C’était quelques jours à peine, avant qu’il ne décide de suspendre l’activité de l’usine moscovite. Les propos n’en sont que plus appropriés.

 Ce capitalisme, explique Jean-Dominique Senard, souvent décrié, n’a cessé d’évoluer au fil du temps. Il y eut le paternalisme au début du 20ème siècle, l’État-providence après-guerre et même les Trente Glorieuses durant lesquelles les tensions sociales furent limitées. Puis vinrent dans les années 70, la théorie de Friedman qui prône que « l’entreprise cotée n’est là que pour faire du profit ». Vinrent ensuite les années tout aussi capitalistes de Ronald Reggan et Margaret Thatcher, puis le capitalisme triomphant avec en apogée la chute du mur de Berlin.

Mais alors s’est dessiné une distanciation entre deux nouveaux mondes, une sorte de fracture entre les érudits et les autres. Et la révolution numérique n’arrange rien. Pire encore, le doute s’installe. 2009 fut une année de crise grave, avec laquelle sont apparus le nationalisme et le populisme. Le rejet de ce capitalisme s’est concrétisé dans les actions des Gilets Jaunes. Le capitalisme doit donc évoluer, observe J.-Dominique Senard, même s’il a apporté selon lui la culture, le confort et le bien-être. Pour autant, l’entreprise reste au cœur du capitalisme et ne doit pas perdre son âme. Elle doit certes faire du profit, mais aussi se préoccuper de l’environnement au sens large.

 

La « raison d’être » de toute entreprise

Le capitalisme d’aujourd’hui doit avoir une « raison d’être » ; un concept qui caractérise l’entreprise et la guide. En quelques sorte le préambule de la constitution de toute stratégie d’épanouissement des collaborateurs. C’est un pilier essentiel, un équilibre de l’attention que l’on porte aux clients autant qu’aux salariés.

On dit chez Renault que : « nous faisons battre le cœur de l’innovation pour que la mobilité nous rapproche les uns des autres ». Si l’on a cette raison d’être, pour les 170.000 collaborateurs de par le monde, l’entreprise se porte bien et s’épanouit. Actionnaires et salariés, qui sont les composantes structurelles de l’entreprise, ont alors des droits respectés.

Renault va plus loin en créant le Comité de la Raison d’être. Constitué de personnalités internationales appartenant à une grande diversité d’horizons et de champs de compétence, philosophes, syndicalistes, salariés…, il observe l’entreprise et s’assure qu’elle est fidèle à cet engagement.

Où l’on voit que le capitalisme responsable, selon Jean-Dominique Senard, doit permettre de réfléchir à long terme, d’anticiper et de ne surtout pas être court-termiste. La responsabilité de l’entreprise est centrale dans la construction de la société, elle devient même politique. Son chef doit donc s’engager, se dépasser pour de vraies causes.

L’expérience montre que toutes les entreprises qui se sont engagées dans la voie du capitalisme responsable, se portent bien. Et cela change le monde. Le concept diffuse désormais dans le monde et la France est un phare. Comme le traité de Rome en 1958, évoquait l’économie sociale de marché, il faut maintenant que cette même Europe porte l’idée du capitalisme responsable, pour qu’il se déploie. Ce sujet doit être au premier plan de tout ce qui se fait en Europe, et les entreprises doivent être accompagnées par des financiers responsables.

Propos recueillis par Stéphane de Laage

 

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