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Interview de François Bonneau : « Le monde bouge, l’occasion est belle de s’interroger et de partager »

« La Rentrée sera sociale, économique et écologique ». Une évidence pour le président de la Région Centre Val de Loire, récemment réélu. François Bonneau débute son mandat par une réflexion approfondie sur notre modèle économique, et la remise en perspectives de certaines lignes, directrices « qu’il faut infléchir ». Détail de la méthode et de la ligne de conduite. 

L’Épicentre : Il y a dites-vous urgence économique, avec un focus sur la relocalisation des modèles de production et des services.

François Bonneau : Oui, car le développement économique ne peut plus être vu sous le seul focus de la performance. Nombre d’activités parties à l’autre bout du monde, ont toutes raisons de revenir s’implanter chez nous. Le modèle mondial de concentration touche à sa fin. Voyez les pénuries de matières premières et les ruptures de chaînes d’approvisionnement qui nous pénalisent aujourd’hui.

L’Épicentre : Comment comptez-vous réorienter cette réflexion ?

François Bonneau : Par l’ambition partagée avec l’ensemble des acteurs, la confiance et l’accélération. Les régions sont nées pour tracer les perspectives en matière de développement économique, de transport et d’aménagement du territoire. Plus que jamais, cette mission est nécessaire, mais doit être partagée avec les citoyens et les acteurs de terrain. Nous devons avoir des objectifs communs, en particulier le schéma régional de développement économique, d’internationalisation et d’innovation. Nous allons nous investir fortement d’ici le printemps, sur le schéma régional des formations (formation supérieure, recherche et innovation), mais aussi sur le nouveau SRADETT (Schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires).

L’Épicentre : Quelles sont les échéances ?

François Bonneau : Jusqu’au mois de juin, concertation, bilans, élaboration, seront au cœur de la réflexion. Nous le ferons avec les autres collectivités, les acteurs économiques, les associations et sans doute un panel citoyen. Il y aura les états généraux de la jeunesse et ceux de l’économie.

Les premiers pourraient débuter dès le mois de novembre. Les jeunes sont, en effet, lourdement impactés, je veux qu’on se fixe des objectifs réparateurs. Il faut les associer, pour comprendre leurs nouveaux besoins en matière de formation, mais aussi de logement, d’autonomie, de mobilité et d’emploi.

D’où le lien étroit avec les Etats généraux de l’économie. Les feuilles de route qui en sortiront devront faire converger ces questions, et associer, bien au-delà de la Région, l’Etat, les intercommunalités et d’une façon générale l’ensemble des acteurs, pour agir en convergence.

L’Épicentre : Le taux de chômage de 7,2% en région contre 8,2% au national ; satisfaisant ?

François Bonneau : Comptablement oui, mais ce n’est pas un satisfecit. Les 7,2% ne doivent pas être qu’un chiffre, il faut savoir qui sont les gens qui ne trouvent pas leur place dans la société. Il faut définir un nouveau paradigme et identifier les opportunités du territoire. On doit maintenant s’interroger sur la réimplantation industrielle, se mobiliser pour la création d’écosystèmes locaux pour l’économie circulaire, poser les enjeux sociaux.

L’Épicentre : La rentrée des lycéens et étudiants semble vous inquiéter

François Bonneau : J’y suis très attentif. Le décrochage est une menace réelle. On travaille avec les missions locales, le CROUS, les établissements et le rectorat bien sûr, pour qu’aucun jeune ne soit sans solution à la rentrée.

Au vu de la grande précarité de certains d’entre eux, on maintiendra les aides alimentaires jusqu’en janvier 2022. La carte Rémi est gratuite pour les jeunes, et demi-tarif pour tous les étudiants. Ils ne paient que 20€ les licences sportives, quelle que soit la discipline.

Enfin, nous réactivons, j’en appelle aux chefs d’entreprises et porteurs de stages, le processus Jobaviz. La rentrée est aussi très engagée pour la formation professionnelle des demandeurs d’emploi, dans les secteurs des services à la personne, de la transition environnementale, et bien sûr de l’hôtellerie et de la restauration.

L’Épicentre : Vous entamez votre troisième mandat, pourquoi cette réflexion, maintenant ?

François Bonneau : En 2007, aurait-on porté le même diagnostique sur notre société ? Les enjeux de l’environnement, de la mondialisation, les métropoles-monde, la formation… rien n’est plus comparable.

Les citoyens disent qu’ils sont en reconquête de sens. Beaucoup ne votent pas et doutent de la démocratie. Il faut agir pour demain en tenant compte des nouvelles priorités qui se font jour. 

Propos recueillis par Stéphane de Laage

 

 

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