Femmes de première ligne dans l’objectif de Géraldine

L’une des « femmes de première ligne » photographiées par Géraldine Aresteanu donnait des concerts de violon sur son balcon pendant le premier confinement.

Photographe de la condition humaine, Géraldine Aresteanu a réalisé le portrait de 23 femmes qui ont œuvré pendant la pandémie ou en ont subi les effets. L’exposition va circuler dans les collèges du Loiret.

Elle aurait pu être photographe de guerre. C’est d’ailleurs sur les décombres de la révolution roumaine, le pays d’origine de son père, que l’envie de devenir photographe lui est venue. « En voyant des expositions de photos sur les émeutes de l’hiver 1989, je me suis dit que l’on pouvait raconter beaucoup de choses avec des images. Plus facilement qu’avec des mots en ce qui me concerne, »explique Géraldine Aresteanu. À seulement 13 ans, elle décide qu’elle sera photographe et s’inscrit à des cours du soir avec des « vieux » trentenaires à Orléans, d’où sa mère est originaire et où la famille réside. « Au début, je n’avais pas d’appareil photo, mais mes parents ont fini par m’en acheter un en voyant ma détermination. J’ai choisi dès l’origine de travailler en noir et blanc, car il a un côté plus authentique, plus vrai, surtout dans le portrait ».

Une sorte d’idéal

Géraldine Aresteanu voit aussi une dimension sociale dans le recours au noir et blanc qui montre ce qu’on ne voudrait pas toujours voir. « Cela relève un peu d’une sorte d’idéal, commente-t-elle. Comme si je me disais que grâce à ce que je montre, les choses iront peut-être un peu mieux ».

L’une de ses premières commandes concernera d’ailleurs le domaine de l’exclusion pour le compte de l’association départementale pour l’accompagnement des migrants et de leur famille (Adamif) dans le Loiret. Viendra ensuite un contrat de plusieurs années avec le Conseil régional du Centre-Val de Loire, puis l’accès au monde de l’entreprise et du spectacle.

« Il peut m’arriver de photographier un jour le PDG d’une multinationale, et de passer 24 heures avec un SDF le lendemain », résume-t-elle. Depuis 2014, Géraldine Aresteanu a lancé une nouvelle série de reportages intitulés justement « 24H ». Pendant 24 heures, elle partage la vie quotidienne d’une personne, comme le SDF Alexandru à Paris, ou d’un service comme celui de la réanimation de l’hôpital d’Orléans dont un livre et une expo ont rendu compte.

Cela aurait pu être moi

En 2019, le groupe de coopératives agricoles InVivo lui a donné carte blanche pour réaliser des reportages chez des exploitants. Elle a passé 24 heures chez 12 agriculteurs partout en France, donnant lieu à une grande exposition de 400 photos au Salon de l’Agriculture et dans le métro parisien.

Le travail sur les « femmes de première ligne » lui a été commandé par le Conseil départemental du Loiret dans la perspective de la journée de la femme du 8 mars. « J’ai proposé de faire le portrait de femmes qui ont œuvré pendant la pandémie ou qui l’ont subie de différentes manières. L’idée est que chacun puisse se dire : « Cela aurait pu être moi » et qu’une réflexion et des échanges puissent avoir lieu ». La photographe a ainsi fait le portrait de soignantes, une anesthésiste, deux infirmières, une aide-soignante, mais aussi une institutrice, la gérante d’une supérette, une maire, une violoniste sur son balcon, et une femme victime de violence. Presque des scènes de la vie ordinaire en temps de Covid que le regard de Géraldine Aresteanu a su rendre extraordinaires.

Bruno Goupille

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