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Les deux ateliers Louis Vuitton officiellement inaugurés en vendômois

Boucler la boucle, quoi de plus normal pour un maroquinier ? En installant ses deux derniers ateliers à Vendôme, la société Louis-Vuitton a fait un clin d’œil à ses origines, comme l’a rappelé Michael Burke, son PDG, lors de leur inauguration officielle le 22 février dernier.

C’est en effet rue Neuve-des-Capucines (où habita Gracchus Babeuf, guillotiné à Vendôme…), « à deux pas de la place Vendôme », que le tout jeune Louis Vuitton ouvrit en 1854 sa première boutique à Paris, après avoir quitté sans-le-sou, son Jura natal. Logique donc que l’atelier flambant neuf du bois de l’Oratoire – près de la gare TGV –, « à la conception bioclimatique inédite », soit dédié à la réalisation du Capucines (avec un s !), sac icône de la marque dont la réalisation ne nécessite pas moins de 250 opérations.

Pour Vendôme, ancienne ville de tanneurs, c’est aussi un retour aux sources, comme l’a rappelé Bernard Arnault, PDG du groupe LVMH, qui a fait le déplacement, le ministre de l’Économie dans ses malles. Évoquant le savoir-faire disparu d’une cité qui a « longtemps été un bassin d’emplois et de compétences pour la confection de produits dans le cuir », il avoue son « ambition de le faire renaître ». Elle ne paraît guère démesurée, l’atelier Régence constituant désormais le pôle de compétences de cette marque emblématique du luxe dans la fabrication de sacs en cuir précieux. Il est situé quartier Rochambeau, dans un bâtiment classé que l’entreprise a entièrement restauré (pour un coût dépassant, sans doute de beaucoup, les 15 millions d’euros). « Un monument que la ville n’aurait jamais eu les moyens de restaurer », relève le député Pascal Brindeau, qui a noué le partenariat avec le groupe lorsqu’il était maire de la ville.

Jean-Christophe Goursaud, directeur des ateliers vendômois, insiste toutefois sur la volonté de l’entreprise « de ne pas réécrire l’histoire, mais de la poursuivre », en prenant exemple de la remise en marche de l’horloge du bâtiment, qui avait arrêté le cours du temps en… 1914.

Si « Vendôme est bien plus qu’une place », Louis-Vuitton est désormais bien plus qu’un nom pour la ville. Les deux sites emploient d’ores et déjà plus de 150 salariés, qui devraient se voir 400 dans un prompt renfort. Et avec l’hypothèse d’un troisième atelier, encore tabou mais qui n’en reste pas moins régulièrement évoqué, c’est 1.000 emplois que pourrait représenter l’entreprise, ce qui en ferait le premier employeur de la ville. Ce qui n’est pas sans donner quelques sueurs froides à Pôle Emploi. Éric Kraemer, directeur territorial Vallée de la Loire de l’agence, souligne les deux difficultés auxquelles il est confronté : un territoire où le taux de chômage est faible et le manque de personnel formé à la maroquinerie. Ce qui explique que 98 % des salariés recrutés par les ateliers soient en reconversion. Le parcours est dûment balisé : session de présentation puis exercices de simulation organisés par l’agence, pour détecter les capacités du candidat. Dextérité, acuité visuelle et capacité de concentration sont indispensables – la moitié échoueront dès cette étape. « Mais cela permet à beaucoup de mettre le pied dans la porte, ce qu’ils n’auraient sans doute pas réussi à faire avec un simple CV », souligne Éric Kraemer. Une fois retenu, s’ouvre une période de 11 semaines de formation, qui débouchera sur un CDD d’un an, puis d’un CDI. Il faudra toutefois entre 12 à 18 mois pour être autonome. « Il y a très peu de turn-over, cela représente un fort investissement pour les candidats », souligne Éric Kraemer, qui comptabilise « près de 170 embauches depuis 2018 ». Parmi elles, Kelly Hiernaux, qui exerçait dans un commerce vendômois, termine tout juste sa formation : « Je m’attendais à quelque chose de très dur, mais on très bien encadré. Les formateurs sont à l’écoute », explique-t-elle. Titulaire d’une licence en ressources humaines, Leslie Brossard ne regrette pas d’avoir changé d’orientation. « Fière » (un mot qui revient souvent) de ce qu’elle accomplit – « on réalise le sac de A à Z, un véritable travail d’artisan » –, elle dit également apprécier la « très bonne ambiance » de l’atelier de l’Oratoire. Exerçant dans l’atelier Régence, Bruno Spaletta loue lui-aussi « l’ambiance très familiale » de son nouveau travail. Après avoir exercé 20 ans dans la restauration – « pas ma vocation » – ce loirétain avait entrepris de se reconvertir dans la tapisserie, mais a sauté sur l’occasion en voyant passer une annonce sur les réseaux sociaux. Un changement de cap dont il se félicite, ce néo-vendômois appréciant autant la ville que son nouveau métier. Et si le salaire n’est pas mirobolant, Michael Burke relève que l’intéressement peut représenter jusqu’à 6 mois de salaire supplémentaire par an. L’effet boule de neige n’est pas à exclure, comme en témoigne encore la prochaine installation du spécialiste de la porcelaine de luxe Marie Daâge, « la haute couture de la table », dans le même quartier Rochambeau de la ville. À l’heure où l’aéronautique et l’automobile traversent une passe difficile, cette diversification dans l’industrie du luxe, secteur phare de l’économie française, n’est sans doute pas la moindre des bonnes nouvelles.

Frédéric Fortin

 

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