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Emmanuel Denis : « Il faut que nous fassions notre part à Tours »

Tours, region centre, le 3 juillet 2020. Mandat 2020-2026. Installation du conseil municipal. Election du nouveau Maire, Emmanuel Denis.

©Photos : Xavier de Torres

Le 28 juin dernier, Emmanuel Denis, tête de liste de la gauche et des écologistes, remportait le scrutin des élections municipales à Tours, recueillant près de 55 % des voix face au maire sortant Christophe Bouchet et sa liste de centre-droit. Officiellement installé le 3 juillet, il a entamé son mandat en pleine période post-confinement, se confrontant aux nombreuses problématiques posées par la crise sanitaire, mais aussi à une situation économique difficile pour les entreprises du territoire. 

Rencontre avec le maire de la capitale tourangelle, qui a déjà donné le ton de son mandat à travers certaines décisions, notamment celles prises pour inciter les citoyens à se reporter vers des mobilités durables.

 

Quels sont vos projets pour le réseau de transports en commun ?

« Nous sommes face à une urgence écologique terrible, qui s’est d’ailleurs rappelée à nous à travers les épisodes de forte chaleur au cours de l’été… La température est montée jusqu’à 12 degrés au-dessus des normales saisonnières à Tours. Face à cette urgence, nous devons réduire nos émissions de gaz à effets de serre et l’un des leviers majeurs pour y parvenir est la révolution des mobilités. Il y a plein de choses à faire, à commencer par la construction de la 2e ligne de tramway, qui sera suivie d’une extension tram-train utilisant le réseau ferroviaire, afin que les habitants des deuxième et troisième couronnes puissent se rendre en centre-ville en transports en commun. »

Le vélo fait partie des mobilités durables. À quoi ressemblera le réseau cyclable dans 6 ans ?

 Notre engagement est de construire 40 kilomètres de piste. Pour avoir un report modal sur le vélo, il faut offrir aux cyclistes, familles comme vélotaffeurs, de bonnes conditions de circulation : des pistes bien identifiées et sécurisées, isolées du trafic routier et des espaces réservés aux piétons. On y travaille, on a déjà créé une première piste avec deux parcours, l’un allant de la place Choiseul à la gare de Tours et l’autre qui a le même point de départ et devrait permettre de rallier Saint-Pierre des Corps. C’est une expérimentation qui durera 3 à 6 mois, à laquelle il reste quelques améliorations à apporter, notamment à la sortie du pont Wilson.

En parlant du pont Wilson, il semble que la décision de le fermer, à titre expérimental, à la circulation automobile ait déjà suscité de nombreuses réactions chez les Tourangeaux… Que répondez-vous à ceux qui s’inquiètent des conséquences de cette fermeture sur la circulation ?

 D’abord, qu’il faut laisser vivre l’expérimentation 6 mois. Ensuite, que le trafic sur le pont Wilson représente moins d’1% du trafic global, et que la circulation y est déjà à sens unique depuis 2013 : le plus gros a déjà été fait. Et enfin, que nous devons de toute manière faire la révolution des mobilités. On sait bien que l’on ne mettra pas tout le monde à vélo, c’est pour cela que l’on propose un plan global incluant la marche, le vélo et les transports en commun. Si on ne le fait pas, on va vers une augmentation des températures de 3 et 7 degrés. Il faut que nous fassions notre part à Tours, comme partout ailleurs, en France et dans le monde, et que les gens comprennent la rupture de mode de vie qui s’impose.

Vous comprenez tout de même que l’on puisse remettre en cause cette expérimentation ?,

Forcément, ça fait grincer des dents… Il y a citoyens qui s’acharnent sur les réseaux sociaux, c’est normal. Mais j’ai aussi reçu plusieurs courriers positifs, dont un indiquant que de ne plus avoir à slalomer entre les vélos, les trottinettes et les joggeurs pour traverser le pont Wilson à pied était un vrai bonheur. Notre projet, c’est aussi que chacun retrouve sa place : piétons, cyclistes, et automobilistes.

Quels autres dispositifs sont prévus pour inciter les Tourangeaux à prendre le vélo ?

 Nous devrions bientôt voter une aide de 200 à 400 € pour l’achat de vélos classiques, à assistance électrique, et cargo pour les familles. L’objectif, c’est aussi de travailler avec la métropole pour étendre ce dispositif. Cédric de Oliveira [le maire de Fondettes, ndlr] a déjà lancé son dispositif d’aide à l’achat de vélos à assistance électrique, on est d’accord tous les deux pour porter un projet global pour la métropole en 2021.

Cette dernière a justement élaboré et commencé à matérialiser un réseau cyclable transitoire au printemps dernier. Les pistes déjà créées vont-elles être maintenues ?

 On va regarder si elles fonctionnent ou pas, faire des comptages. Celle de la rue des Tanneurs pose question, on verra comment elle vit. Je pense qu’il y a la place pour une piste sur cet axe-là, mais peut-être faut-il revoir le tracé actuel. On pourrait imaginer une piste seulement d’un côté par exemple.

Il semble qu’il y ait, au sein de votre majorité, des élus en faveur de la gratuité des transports en commun. Quelle est votre position sur ce sujet ?

 Ma position est très claire : la gratuité des transports en commun doit être la cerise sur le gâteau. Une fois que l’on aura un réseau tram-train, trois lignes de tramway, que l’on aura tout remboursé et que l’on pourra offrir les transports en commun, on le fera. Si l’État nous aide à le faire avant, ce sera aussi bien… Mais ce n’est pas à l’ordre du jour de ce mandat-là. Par contre, on est en train de travailler à des expérimentations pour voir comment cette gratuité peut fonctionner, pour certaines catégories de personnes ou de manière épisodique, pendant des temps forts comme la braderie par exemple.

En parlant de temps forts, quel bilan peut-on tirer des « estivales commerçantes », à l’occasion desquelles plusieurs rues ont été rendues piétonnes au cours des samedis du mois d’août ?

Il y a eu des échanges très francs entre les commerçants et l’adjoint au commerce Iman Manzari lors de la réunion de bilan organisée fin août. Des critiques, des choses positives… Mais finalement, la salle a applaudi. Cela confirme qu’il y a une vraie attente de dialogue et de co-construction, et il a été convenu que des rencontres trimestrielles avec la direction du commerce soient organisées. On a montré notre volonté de « faire avec », de répondre à leurs demandes. Par contre, il faut que les commerçants se regroupent en associations, secteur par secteur… On ne peut pas travailler avec chacun d’eux, il faut qu’ils s’appuient sur leurs représentants.

Et côté clients, quels retours vous sont parvenus ?

 La piétonnisation a été plutôt appréciée, même si certains ont évoqué par exemple une place de la Résistance « qui faisait vide »… En même temps, je trouve que de laisser l’espace public au public, c’est plutôt une bonne chose.

Même si cela occasionne des difficultés de stationnement ? C’est une critique qui a également été formulée par les Tourangeaux, commerçants comme clients…

 Les commerçants se plaignent du manque d’indications quant à l’emplacement des parkings, de l’absence de jalonnement dynamique [panneaux qui se mettent à jour en fonction du nombre de places disponibles, ndlr], et ils ont raison. Ce sont des sujets sur lesquels la ville a pris beaucoup de retard, qui nécessitent un travail que l’on engagera. Actuellement, il n’y a pas suffisamment de visibilité donnée à nos parkings souterrains : ils ont été 35 fois moins fréquentés que l’an dernier à la même époque. Par contre en ce qui concerne le stationnement en surface, nous avons relevé une augmentation de la fréquentation de 5 % par rapport aux samedis d’août 2019… Les gens sont venus en centre-ville.

Le prix du stationnement est moins élevé en surface… Cela a sans doute une incidence ?

 Quand on va faire des courses pour 150-200 €, on a surtout envie de pouvoir se garer facilement. Je veux bien croire que le prix puisse faire la différence mais je pense que c’est surtout une question d’habitude. Le jalonnement dynamique n’est pas la réponse à tout mais devrait permettre de valoriser l’ensemble de nos places de stationnement.

 

©Photos : Xavier de Torres

 Aux estivales commerçantes s’est ajouté un évènement culturel, Les Inattendus. Ont-ils rempli leur objectif ?

 Nous n’avions pas forcément d’objectif en termes de fréquentation. Le but, c’était avant tout de faire travailler les compagnies tourangelles, et ces dernières ont fait part de leur grande satisfaction de retrouver le public, même s’il était parfois modeste. À certains moments, c’était un peu creux mais il y a eu des retours très positifs, nous avons animé le centre-ville. Cela donne envie de perpétuer ces évènements culturels  pendant l’été.

Un mot de la Covid-19 et de ses conséquences économiques : des aides seront-elles mises en place pour venir en aide aux entreprises ?

 On travaille avec la métropole pour proposer des aides directes à toutes les TPE et PME. On est prêt à amorcer un fonds d’aide abondé par la métropole, qui serait complémentaire aux dispositifs tels que le fonds Renaissance de la région ou le PGE, et que l’on souhaite mettre en oeuvre avec les chambres consulaires afin que les dossiers soient instruits par des professionnels. Les vraies difficultés économiques sont encore devant nous.

Le port du masque a été rendu obligatoire en centre-ville. Savez-vous s’il y a eu beaucoup de verbalisations ?

 Le but n’est pas qu’il y ait des verbalisations, mais que les gens acquièrent la culture du port du masque. En attendant que cela devienne un réflexe, il faut donc l’imposer et faire preuve de pédagogie. Il y a aussi un travail à faire auprès des commerçants : on n’a pas élargi le périmètre des terrasses pour qu’il y ait plus de tables mais pour qu’elles puissent être à distance les unes des autres… On a redonné les consignes, il faut qu’ils jouent le jeu.

Interview réalisée par Juliette Lécureuil

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