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Dossier spécial « Tous mécènes! »

Le mécénat d’entreprise n’est pas une idée neuve, mais il a considérablement évolué ces vingt dernières années. S’il fut longtemps pratiqué par les entreprises du CAC40 et plus généralement par les grands groupes parisiens, les PME s’en sont désormais saisies, y compris en région, comprenant l’intérêt d’un partage réciproque, de valeurs morales et de savoirs.

Peu à peu, l’idée fait donc son chemin ; d’autant que les ambitions des chefs d’entreprises sont souvent partagées par les salariés eux-mêmes, qui deviennent les ambassadeurs d’un engagement sociétal de leur entreprise dont ils sont fiers, et dont ils profitent légitimement en retour.

Détail de ce qu’est le mécénat, de ce qu’il peut apporter aux uns et aux autres, et de sa fiscalité… car il faut bien dire quelques gros mots !

Depuis plus de cinquante ans, le festival de la Chaise-Dieu réunit les plus prestigieux musiciens de musique sacrée. Lorsque Clémence Deback en intègre l’organisation pour s’occuper du mécénat, elle se met en tête de bousculer les habitudes en allant solliciter, outre les grands groupes, les PME et TPE locales. La mission est d’autant plus ardue que les entreprises ne savent pas comment faire et restent persuadées que le mécénat n’est pas pour elles. « C’est là que je me suis rendu compte du chemin à parcourir, explique Clémence. Les petites entreprises sont persuadées que le mécénat est réservé aux grands qui ont des moyens, humains et financiers ».

Après avoir réussi son pari en Haute-Loire, Clémence Deback a créé de toutes pièces, l’outil qui semblait manquer au mécénat. Une entité qui fait le lien entre l’association et l’entreprise mécène, mais plus encore, entre les hommes et les femmes qui ont tant à partager. « Il faut faire se rencontrer les gens, poursuit Clémence Deback, créer un lien et libérer les contraintes administratives. »

Faire du bien et du gain

Ainsi est née en 2020, « Esprit mécénat ». Une équipe de six personnes qui constitue ce qui s’appelle depuis peu une « entreprise à mission » (elles sont 120 aujourd’hui en France). Le concept est récent et dit sans détour la volonté d’agir pour le bien collectif. Avec Aline Bouchard de la Poterie et Karine Prigent, ces trois orléanaises ont aussi développé leur plateforme digitale « we » et le programme qui l’accompagne « dites we ». La plateforme est une entrée en matière, un outil pour faire matcher l’offre et la demande. Sur cette plateforme sont présentés les projets, les besoins et les ambitions ; les chefs d’entreprises peuvent ainsi valider un choix en cohérence avec leurs envies. « L’humain vient en plus du digital, s’empresse d’ajouter Clémence, car il faut ensuite que les gens se rencontrent, se parlent et construisent le projet commun ».

C’est là que le mécénat prend sa valeur.

Répondre à des besoins réciproques

Le mécénat s’exerce dans tous les domaines de la société ou presque, dès lors qu’il répond aux règles en vigueur. La santé, l’éducation et la culture sont les trois sujets majeurs, le sport est au pied du podium. La loi Aillagon, votée durant l’été 2003 va révolutionner le monde du mécénat et donner un bol d’air aux associations et institutions qui désormais vivent plus largement de leurs bonnes intentions. 

La Loi LME, pour la modernisation de l’économie, autorise quant à elle la création de fonds de dotation. Une autre révolution dont vont se saisir un grand nombre de structures publiques, comme la ville de Bordeaux pour n’en citer qu’une.

« Les associations sont à leur façon des lanceurs d’alerte sur des sujets sociétaux, observe Clémence Deback. Elles ont de surcroit une agilité que n’ont ni l’entreprise ni l’institution ». Elles ont donc besoin les unes des autres, on le verra avec l’hôpital de Tours, le musée d’Orléans, le domaine de Chambord.

À Paris, la prestigieuse école Science-Po, finance par le mécénat ses sportifs de très haut niveau, et les grands groupes participent largement aux « Écoles de la deuxième chance » et au programme Espérance banlieue. « Il s’agit d’embarquer les salariés dans autre chose que le business, et au-delà de la RSE et du bénévolat », poursuit Clémence. La crise sanitaire fut d’ailleurs un révélateur. Les collaborateurs veulent donner du sens à leur vie de travail. Ce sera sans doute l’un des effets positifs du COVID. Assister à un concert de Radio France ou un match de football, mais si en plus, on rencontre les musiciens et les sportifs, voilà une façon de sortir de la zone de connaissance du salarié.

Le mécénat, comment ça marche ?

Pour faire simple, il s’exerce sous trois formes principales.

– Le mécénat financier consiste à faire un chèque dont 60% du montant (66% pour les particuliers), sera défalqué des impôts. La très grande majorité des entreprises utilise ce canal.

– Le mécénat en nature est encore peu utilisé, mais s’affirme peu à peu. Il s’agit pour une entreprise d’offrir son cœur de métier en faisant don de produits qu’elle fabrique, ou de prestations de services. Un garage automobile par exemple met à disposition d’une manifestation sportive ou culturelle, une voiture logotée pour transporter les artistes ou les sportifs. C’est une ligne budgétaire en moins pour l’association qui ne rentre pas d’argent dans sa comptabilité, et un plus pour l’entreprise qui se fait connaître.

– Enfin, le mécénat de compétence, consiste à mettre à la disposition de l’association, un salarié pour quelques jours ou quelques mois. Cela suppose que ladite entreprise ait une certaine agilité et une grande stabilité de ses effectifs. Ce sont donc souvent des grands groupes qui le pratiquent. Orange, SNCF, La Poste ou ADP sont de celles-là. Elles détachent en général des salariés près de la retraite, forts d’une grande expérience, mais sans plus de perspective d’évolution, qui vont ainsi s’investir dans un secteur proche de leur compétence.

« L’essentiel tient à la personnalité du chef d’entreprise, observe Clémence Deback. C’est lui qui souvent donne l’impulsion, fait les choix stratégiques qui vont initier la démarche du mécénat, quelle qu’en soit la forme ». L’un de ces choix est l’objet du mécénat ; un tableau à restaurer, une association caritative à soutenir ou un club de sport à équiper. Enfin, se pose la question « local ou national » ? Le local a l’avantage d’impliquer l’entreprise dans des projets visibles par les salariés et les clients, et de participer à l’environnement naturel, autre qu’économique […]

Par Stéphane De Laage

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