Dossier : L’agriculture de demain, c’est maintenant

L’agriculture se réinvente. Pour produire mieux, certains développent les technologies digitales quand d’autres leur préfèrent le circuit court et le bio. D’autres encore surfent sur les nouvelles énergies, optimisent jusqu’aux déchets ultimes, recyclent ou consacrent une part de leurs terres à la production d’énergies, qu’elles soient végétales, photovoltaïques ou éoliennes. Nous avons visité des start-up, vu des fermes modèles et des gites nouvelle génération. Certains ont déjà un recul de plusieurs décennies, ce qui nous fait dire finalement que l’agriculture nouvelle ne date pas d’hier ! Dossier réalisé par Stéphane de Laage

Interview : Philippe Noyau, président de la chambre régionale d’agriculture

« On a besoin du conventionnel comme du bio »

Philippe Noyau, président de la chambre régionale d’agriculture

L’Epicentre : Quelles sont les problématiques auxquelles l’agriculture de demain doit s’affronter ?
Philippe Noyau : La question ne date en effet pas d’hier, et il y a toujours eu des problématiques à résoudre. Il y a, non pas une rupture mais une accélération. L’eau, l’azote, les intrants et les sols sont autant de problématiques complémentaires. Au point où nous en sommes, il faut toutes les résoudre en même temps, car n’en résoudre qu’une peut créer un déséquilibre et aggraver l’autre. En limitant trop l’adduction d’eau par exemple, on produit moins en France et l’on achète des fraises d’Espagne, des noix de Californie ou des asperges du Pérou. En fait on achète l’eau ailleurs. Les chambres d’agricultures sont là pour accompagner leurs agriculteurs, pour les orienter vers de nouvelles formes de culture, tout en gardant la vigilance nécessaire sur les aléas climatiques et la modification de l’environnement. Les stations d’expérimentation sont là pour prendre les risques, les mesurer et acquérir des données indispensables.
Le climat change si vite que la recherche a du mal à suivre. Les nouvelles biotechnologies, la génomie, l’ARN messager permettent d’accélérer les choses. Attention, ce n’est pas de l’OGM, mais le marquage biologique pour avoir, par exemple, des légumineuses à graines adaptées au stress hydriques par exemple. L’INRAe, les instituts et les laboratoires privés doivent se parler pour cela. 
La production d’énergies sur les terres agricoles, participe-t-elle d’une nouvelle forme d’agriculture ?
Le sol est fait pour produire du végétal. Une fois artificialisé, on ne revient jamais à la culture. Cela peut néanmoins permettre à un agriculteur de continuer à faire son métier sur une autre parcelle. Mais dans les zones fertiles, il faut bannir les panneaux photovoltaïques au sol. Quant au bioéthanol ou au méthaniseurs, il faut aussi être mesuré. Bien utilisées, ces techniques permettent de nettoyer le sol et participer à l’agroécologie.
Les métiers parallèles comme le gite à la ferme, ne sont-ils pas le signe que l’agriculteur peine à vivre de son premier métier ?Certains choisiront l’agrandissement, d’autres la diversification avec une aire de camping-car ou un gite. Il y a plein de moyens de vivre de l’agriculture. Le tout est d’être bien dans son métier, de savoir prendre du temps pour soi et ne pas être esclave. Ajoutez l’environnement et la rémunération, vous cochez les cases essentielles.
La diversité est la règle ?
Il faut aider les agriculteurs à gérer convenablement les quantités d’intrants et la consommation d’eau. Mais il ne faut jeter l’opprobre sur personne. On a besoin du conventionnel comme du Bio. De même qu’on a besoin d’élevage, ne serait-ce que pour l’entretien du paysage et la production de lisier dont a besoin le bio. Il faut aussi un consommateur qui a envie de diversité et que l’on doit savoir écouter.

L’agriculture de demain se dessine aussi dans les campus

Les plus futuristes cherchent, entre laboratoires et champs, les applications du futur. Non pas pour faire plus, mais pour faire mieux. Tous ont compris que la terre est un bien fragile et qui ne sera pas éternel si l’on continue l’intensification. Les centres de recherche se multiplient. La Région Centre en compte au moins deux, avec les « Champs du possible » en Eure-et-Loir, et l’Agreen Lab’O à Orléans.

L’Agreen Lab’O accueille ses premières start-up à Orléans

Le campus que gère l’association Les Champs du Possible, s’est installé il y a cinq ans dans les anciens locaux d’Axereal à Châteaudun, site désormais labellisé Village By CA (Crédit Agricole Val de France). Là se trouvent aussi le lycée agricole et une ferme expérimentale. 17 start’up y inventent l’agriculture de demain, et cherchent des solutions viables à des problèmes récurrents. Le citoyen y est invité et même sollicité pour mener cette réflexion qui doit s’inscrire dans le monde des prochaines générations.
Le cousin germain de cet accélérateur de business est à Orléans, au sein de l’Agreen Tech Valley. L’agreen Lab’O, c’est son nom, vient de sortir de terre, et accueille en ces jours d’été 2021, les premières start’up entièrement dédiées à l’agriculture. Nombre d’entre elles viennent du Lab’O, l’incubateur orléanais voisin et membre de la même communauté scientifique.
Développement des technologies d’avenir
Thierry Ziero est chargé de mission recherche, transfert de technologies et innovation, pour Orléans Métropole. « La Métropole s’est inscrite dans le développement des technologies d’avenir, précise-t-il, en particulier l’intelligence artificielle, le numérique, les capteurs et les calculs de haute performance ». Pour ses applications agricoles, il était donc logique que ce campus, aussi appelé Xavier Beulin, (du nom de feu le président de la FNSEA), soit implanté aux côtés des laboratoires de l’université, du BRGM, du CNRS et de l’INRAe.
« Les segments de marché visés par les AGTech (technos de l’Agriculture ou Agroalimentaire), sont la robotique, la technologie des drones et les agroéquipements, les market-places, l’agriculture de précision, le farm-management soft-ware, ou encore l’analyse des plantes ». Tout cela peut inquiéter ou faire sourire, mais il est clair que notre agriculture ne vivra pas sans. Qu’on le veuille ou non, le digital s’invite dans toutes les phases de développement ou de régulation agricole, de la sélection des semences à l’optimisation des déchets après la récolte.
10 M€ d’investissement
Très clairement, Orléans Métropole veut être à la pointe et saisir la balle au bond. Elle a engagé un budget de près de 10M€ d’investissement et alloue annuellement 50.000€ pour le fonctionnement de la filière digitale au sens large. La Région Centre Val de Loire est bien entendu à ses côtés, ainsi que le département du Loiret.
De toutes les activités connexes comme l’école IOT (internet des objets, cofinancée par Orléans Métropole et Hitachi), ou la prochaine Lab’IA Loire Valley (pour l’intelligence artificielle), pourraient émerger des professionnels très affutés qui se consacreront eux aussi à l’agriculture. L’Agreen Lab’O R&D est quant à lui en projet sur le campus, et devrait héberger une serre au sein de laquelle sera menée l’expérimentation sur le maraichage et l’agriculture.
Un hub essentiel
« Ce hub est essentiel, insiste Muriel Doucet, directrice de l’AgreenTech Valley. L’agreen Lab’O sera l’incubateur des AG tech du monde de l’agriculture ».
Les administrateurs de l’AgreenTech ont choisi de se focaliser sur trois axes de développement dont la transition énergétique, l’implication du numérique, ses nouveaux usages et ses applications. « La transition doit être accompagnée et sécurisée, poursuit Muriel Doucet. Il faut que nous aidions les agriculteurs dans leur montage pour faire en sorte que la transition soit vertueuse et source de nouveaux revenus ».

Témoignage Jean-Michel Gallié : Redonner confiance à l’agriculture

Maraicher et serriste, Jean-Michel Gallié préside l’AgreenTech Valley.

« Avec les « Champs du possible », on a des terrains communs, dont l’incubation des start’up orientées vers l’agriculture. L’AgreenTech Valley est en lien étroit avec l’université et la recherche qu’elle véhicule, le CNRS, et les centres techniques. Nous sommes le maillon entre la recherche et l’entreprise pour élaborer et tester les nouvelles technologies que sont les capteurs autonomes, les drones, la gestion des data et autres algorithmes…
Certes, nous n’avons pas encore de succès notables, mais une somme d’actions et de résultats qui nous disent que nous sommes sur la bonne voie, très au-delà du virtuel. Nos adhérents, toujours plus nombreux, nous le confirment.
L’agriculture, l’alimentation, la souveraineté sont de vrais sujets. En travaillant sur ces sujets d’avenir, on redonne confiance à notre agriculture. Bon nombre d’entreprises qui baissaient les bras, repartent de plus belle, avec les nouvelles technologies qui leur permettent d’exister de nouveau sur le territoire. Les adhérents nous le disent, ils attendent beaucoup du numérique et s’intéressent de nouveau à l’agriculture qui aura besoin de ces services.
Les développeurs et offreurs de technos sont aussi bien des PME que de gros groupes comme EDF ou Orange, sans oublier les agriculteurs eux-mêmes. Tous se disent « on a sans doute quelque chose à apporter à l’agriculture ». L’agriculture et le numérique, ce n’est pas déconnant, alors qu’ils ont été en opposition absolue bien longtemps.
Le productivisme est dépassé. Il va laisser sa place à la qualité, la ressource et l’économie circulaire. Pour aller vers cela, il fallait des outils. Le numérique en est un, pour penser différemment et faire mieux ».

Interview : Rémi Dumerey, exploitant agricole « La promesse d’une agriculture plus vertueuse »

Rémi Dumery est à la tête de l’EARL du cheval Blanc à Boulay les Barres, dans le Loiret. Il sera l’un des ambassadeurs de cette agriculture nouvelle au sein de l’AgreeenTech Valley. Rémi est un technophile convaincu, très connecté, passionné par les AgTech, avec un vrai retour d’expériences.
L’Epicentre :  Vous êtes un cultivateur connecté, qu’est-ce que cela veut dire ?
Rémi Duméry : Je suis beauceron, et pratique la grande culture sur 160 ha : betterave, colza, sarrasin, maïs, soja, de de l’orge de brasserie et du blé dur pour les pâtes. Je suis attentif à toutes les ressources, à commencer par l’eau.
Pour expliquer en quoi nous progressons, j’interviens souvent sur les réseaux sociaux, dans les collèges et les écoles d’ingénieur. Je multiplie les conférences pour expliquer ma vision de l’agriculture de demain. On a beaucoup de mal à expliquer nos pratiques, on doit se justifier tout le temps à propos des pesticides, des semences, de l’irrigation. La communication est une arme, avant c’était le syndicalisme.
L’agriculture de demain sera sans doute plus intensive mais captera de plus en plus de carbone. C’est un paradoxe qu’on appelle l’agriculture intensive écologique. Cela est possible grâce au numérique qui permet d’utiliser des données et des paramètres que le bon sens paysan ne peut pas toujours appréhender.
 Une façon d’aller plus loin ?
Surtout de mieux respecter les sols. Pour cela des organismes comme le CIRAD (centre de recherche agronomique), avancent sur l’agroécologie qu’avait promue Stéphane Le Foll, considérant le sol comme un milieu vivant.
On est au départ de l’agriculture de précision. Les technologies sont désormais abordables. Souvenons-nous qu’une une simple photo satellite coutait 70K€ pièce au début des années 2000 ! Aujourd’hui cette photo est gratuite sur internet. Encore faut-il exploiter et modéliser ces données. Dans les années 70 on apportait la chimie et les engrais, encore fallait-il savoir les utiliser à bon escient. On est dans la même évolution. On va mieux utiliser les semences, les engrais et les pesticides.
Le club d’agriculteurs référents, qu’est-ce que c’est ?
Dans les années 70 les chambres avaient développé des GVA, sortes de groupes de réflexion. Le club, lui, a vocation à peaufiner les outils et préparer leur acceptation. On est déjà quelques-uns à être dans le même état d’esprit. Ce qui manque souvent, c’est de savoir comment on va utiliser ces technologies, pensées par des techniciens ou des technophiles. Il faut être pratique, pour que tout le monde puisse s’approprier les stations météo et les capteurs nouvelle génération. Le passage d’une solution, offerte par une start’up, à l’agriculteur prend du temps. Il y a des choses que je teste depuis dix ans déjà. Notre but est d’accélérer, en lien avec le monde réel. Les instituts, des groupes privés ou les chambres d’agriculture me confient depuis 20 ans des produits. On cherche souvent des agriculteurs pour partager ce travail.
Les agriculteurs utilisent déjà bon nombre de ces nouveaux outils, mais sous la pression de la réglementation. Il y a un pas de temps, entre ce que moi je trouve essentiel, et le moment ou les autres vont trouver cela indispensable. Ce club d’expert est là pour diminuer cette marche.
météo pour mille fois plus cher qu’une solution aujourd’hui (50 à 80€/an).
Le digital est-il un point de passage obligé ?
Oui sans aucun doute, y compris pour le Bio qui l’utilise pour les bineuses guidées par GPS, qui bine avec une précision de cinq centimètres !
Bientôt des applis donneront des autorisations pour l’utilisation de tel ou tel herbicide, sans risque, en fonction de l’état de son terrain et de la saison. Les tableaux de bords numériques, les applications smartphones conseilleront l’agriculteur par des algorithmes. C’est une ouverture à de nouvelles solutions pour des agriculteurs qui n’en n’ont plus. Une façon aussi d’optimiser la contrainte qu’il s’impose. Et l’agriculture française est forte de ces contraintes. On nous demande l’impossible ; raison pour laquelle certains n’y arrivent plus.
Êtes-vous sûr que la terre n’en souffrira pas ?
Les gens sont persuadés qu’on veut faire plus, au détriment de la terre. C’est exactement l’inverse. Il s’agit de limiter le gaspillage et optimiser ce qui peut l’être. Il ne s’agit pas de booster la nature, mais de limiter ce que la nature nous retire.
Les tonnes de productions ont été perdues, récemment encore à cause de l’interdiction d’utiliser certains phytos. L’an passé, on a perdu et donc gaspillé 50 % de la récolte de betterave, ce qui veut dire 50% du fonctionnement d’une sucrerie, 50% de la production habituelle d’éthanol etc…

Seabex tient la comptabilité de l’eau

« L’eau est un bien précieux qui pourrait nous couter une guerre si l’on y prête pas une attention toute particulière ». Taher Mestiri ne fait que relayer ce que tout le monde pense depuis longtemps. Mais il en est tellement convaincu qu’il a créé une start’up dédiée à la question de l’irrigation des terres agricoles. Hébergé à l’Agreen Lab d’Orléans il travaille le concept depuis plusieurs années déjà, notamment en Tunisie où a germé l’idée d’anticiper les sècheresses à répétition. Avec ses associés, Taher Mestiri cherche à avoir un coup d’avance sur la météo, donc à être prévisionniste, mais à l’échelle de la parcelle cultivée. Taher veut aider l’agriculteur à répondre aux questions qu’il se pose quant à l’irrigation : quand, combien, l’ai-je bien fait ?
Pour cela, il faut collecter des données par millions. Celles des petites stations électroniques locales, ou en moulinant les data ouvertes comme celles d’Agralis. « On travaille selon trois axes : le climat, la plante et la qualité du sol, explique-t-il. Pour produire une recommandation, il faut connaitre la réserve d’eau dans le sol et la consommation faite, en tenant compte de la météo, mais aussi de l’état de croissance de la plante ».
L’ultra précision
Les écarts météorologiques extrêmes dans le monde, pluviométrie, vent, gel, chaleur…, ont été multipliés par dix ces dernières décennies, en intensité et en quantité. Ce qui à fonctionner une année n’est donc pas reproductible. C’est là que les données de Seabex prennent leur valeur ; en tenant compte de tous les antécédents en un lieu très précis. Sur la parcelle de l’agriculteur sont collectées par des sondes, des stations, des photos satellites et images radar, toutes les données de la terre sur une profondeur de 60 cm, là où pousse la plante. Seabex se positionne ainsi comme un hub de données, aujourd’hui disponibles dans un cloud que l’agriculteur peut consulter à tout moment.
Cette approche de l’ultra précision a valu à Seabex de recevoir six prix à l’international, dont celui de « l’entrepreneur social ».

CH4 mon amour !

Schéma de production et distribution de biométhane

GRDF est le distributeur de gaz en France. Autrement dit, il gère la tuyauterie qu’il construit et exploite. Dit comme ça c’est un peu simpliste, d’autant qu’il est aussi le partenaire d’un grand nombre d’initiatives en faveur du développement durable. Au point d’avoir annoncé un objectif pour le moins ambitieux : « distribuer et consommer 100% de gaz vert en Région Centre Val de Loire à l’horizon 2050 ». Il s’agit donc de faire produire ce gaz sur le territoire, en économie circulaire par les agriculteurs, grâce à des méthaniseurs.
Pour faire simple, le méthaniseur est un équipement qui reproduit la digestion des bovins et donc, produit du méthane, identique ou presque à celui que nous consommons. Explication de Caroline Renaudat, directrice régionale de GRDF : « ce méthane est écologique en ce sens qu’il n’est pas issu du sous-sol et ne rejette donc pas un carbone qui était piégé depuis des millions d’années. Il provient de l’exploitation ultime de produits dont on ne savait que faire auparavant ».
Le digestat comme engrais
Le méthaniseur présente en plus l’avantage d’ingérer tous les déchets végétaux et parfois même plus, issus de l’agriculture et des collectivités. Lisiers, résidus de pailles et de cannes de maïs, et même les cultures intermédiaires dédiés à cette production gazière. Car les agriculteurs voient là aussi l’occasion de faire tourner leurs terres en semant alternativement des cultures nourricières comme le blé ou l’orge, et des cultures dites intermédiaires, pois fourrager, trèfle, ou avoine, qui seront récoltées avant maturité. Ces dernières n’ont besoin d’aucun intrant, sont autant de pièges à nitrates et limitent le « lessivage » des terres, c’est-à-dire la surexploitation par une seule et même culture sans cesse renouvelée.
Mieux encore, le digestat, (résidu de ce méthaniseur), servira de substitut aux engrais chimiques. La boucle est ainsi bouclée.
A la croisée de de l’agriculture et de l’industrie
Des agriculteurs qu’il faut accompagner dès lors qu’ils font ce choix. Et ils sont de plus en plus nombreux. En France, on compte 230 méthaniseurs en activité, ce qui représente l’approvisionnement en gaz d’un million de logements neufs. Dans notre région, seize sont en fonction actuellement, dont treize portés par le monde agricole, et une centaine est en projet. Les plus aboutis sont à Marigny-les-Usages et Châteauneuf-sur-Loire dans le Loiret, Moulins-sur-Yèvre dans le Cher. Pour porter ces projets une vingtaine de producteurs sont sur le coup : Engie, EDF, Direct énergie et bien d’autres. Autant dire que la méthanisation est une valeur d’avenir, à la fois économique et écologique. On le constate en voyant les résultats des méthaniseurs actifs. Celui de Lamotte-Beuvron par exemple, associe un collectif d’agriculteurs, les collectivités locales et la Fédération française d’équitation dont le site est à proximité.  Sologne Agri-Methanisation, que préside Florent Lepretre démontre les vertus évidentes de telles installations. A Châteaurenard, près de Montargis, c’est une unité de cogénération qui s’est transformée en production exclusive de gaz. Autrement dit, elle produisait du gaz qui lui-même animait une turbine qui produisait de l’électricité. Depuis 2011, le Gaz vert a le droit d’être injecté dans le réseau public. Plus d’électricité produite, mais plus de déchets non plus et un rendement très supérieur.
Des emplois directs et indirects
Cette « industrie agricole » est génératrice d’emplois. 53.000 emplois en France, à raison de deux à trois permanents pour gérer chaque méthaniseur, mais bien plus si l’on considère les travaux de construction. Notons aussi que l’entreprise Agrikomp s’est installée à la Chaussée St Victor et fabrique des unités de méthanisation. Elle emploie près d’une centaine de salariés.
Les lycées agricoles commencent à former aux métiers de la maintenance de ce type d’équipements.

 

« Terra 41 », pour dire ce que l’agriculture fait si bien

Pascal Bioulac est maire de Lamotte-Beuvron. Ancien directeur du parc équestre, il est particulièrement sensible à la qualité de l’agriculture en Région. Agacé que les entreprises agricoles subissent l’agribaching et ne sachent pas se mettre en valeur, il a créé Terra41.

Pascal Bioulac, fondateur de Terra 41

« Terra41, c’est la protection des données des entreprises agricoles au profit de la RSE (Responsabilité sociétale) qu’elles développent », résume Pascal Bioulac. Car bien souvent, ces PME n’ont pas la surface financière pour faire l’inventaire de ce qui va bien ou moins bien chez elles ». Cette connaissance approfondie fait pourtant partie du patrimoine immatériel de l’entreprise agricole. A contrario, ce que l’agriculteur ne sait pas faire, les entreprises de l’industrie agro-alimentaire savent très bien le faire. « Exemple avec McDonald’s poursuit Pascal Bioulac. A juste titre, la multinationale fait bon usage de la RSE, que l’on doit pourtant au monde agricole. En effet, ce sont les agriculteurs, qui fournissent les œufs ou la viande bovine de qualité, qui ont fait l’effort en amont, même si cet effort leur a été demandé ». Terra 41 est parti de ce constat lors d’un séminaire européen, en 2016 à Athènes. A l’époque Pascal Bioulac y représentait la filière équine de l’agriculture française. Il a donc porté le dossier au niveau du département. « Il nous semblait juste de faire valoir cette vitrine qui est la nôtre ».
Résister à l’agribaching
A bien y regarder, ce sont donc des outils pour éviter l’agribaching, pour valoriser la qualité des agriculteurs avant que d’autres ne le fassent. Le département s’est engagé donc à défendre « la ferme » du Loir-et-Cher en utilisant cet outil que sont leurs données. Le dossier a été monté avec la FNSEA 41, le département ayant alloué un budget global de 120.000€ pour trois ans. Le Crédit Mutuel, les experts comptables de l’AS Centre Loire et Groupama ont aussi abondé financièrement ou en services divers.
Cet argent a servi à la construction d’un logiciel qui analyse les données des entreprises agricoles. Cela va du nombre de fois où l’on change les pneus des tracteurs, aux dépenses consacrées à l’amélioration du bien-être animal, la quantité d’eau recyclée à usage de l’arrosage, les économies d’intrants et d’engrais chimiques, les journées d’herbage et de stabulation. « Tout est inventorié. Ce que l’on fait de bien, un peu moins bien ou pas bien du tout. On peut ainsi progresser et quantifier, et pourquoi pas aller jusqu’à une démarche de labellisation ». La démarche Terra41 a semble-t-il aussi vocation à s’étendre à l’ensemble de la Région.

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