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Rollin s’efface, les valeurs restent

itf

Gilles Fouquet, dirigeant de ITF à Mulsanne

Une fois passées les négociations et les discordes, reprenons-le déroulé de l’histoire Rollin. Il s’agit comme souvent, d’une affaire d’hommes et d’entreprises, avec des réussites et des échecs.

Les blésois se souviendront de l’imprimerie Rollin comme d’une entreprise emblématique, créée à l’aube des années 50 par un père typographe, et transmise au fils qui l’aura fait grandir au gré de l’évolution des technologies.

Dans les années 2000, Antoine Rollin lui avait fait faire un bon dans la modernité en renouvelant son parc machines, puis en construisant de nouveaux locaux. Vint l’époque du numérique et avec elle une foule de services nouveaux. Collectivités et entreprises sont le fond d’une clientèle légitimement exigeante.

En 2010, pourtant, après la crise conjoncturelle et la perte brutale du client principal, Rollin met un genou à terre. En redressement judiciaire, l’imprimerie est accompagnée par la CPME, le syndicat de la profession l’UNIIC, et la SEM patrimoniale alors présidée par Claude Beaufils, qui organise la reprise du leasing qui court sur le bâtiment. La situation s’améliore, mais reste fragile. Sollicité par des professionnels du secteur, Antoine Rollin envisage fin 2019, une restructuration industrielle. Le tribunal de commerce observe. Alors qu’une issue favorable se dessine, la crise sanitaire s’invite et met à mal les négociations en cours. Rollin, fortement ancrée dans l’événementiel et le tourisme, perd 43% de son chiffre d’affaires. Les premiers licenciements s’imposent et le projet de rapprochement ne se concrétise pas.

Antoine Rollin reprend contact avec l’Imprimerie Trémouillat Fouquet, imprimeur à Mulsanne dans la Sarthe. Gilles Fouquet, son dirigeant a un profil similaire à celui d’Antoine Rollin. Les deux hommes se sont rencontrés quelques années plus tôt dans un salon professionnel, et sont restés en contact. ITF imprimeurs fait un peu figure de grand frère avec un chiffre d’affaires de 10 M€ et une centaine de salariés, quand Rollin n’en compte plus que quinze. Leurs activités sont similaires et complémentaires, ITF est encore mieux équipée dans tous ses services, les synergies sont évidentes, et malgré le contexte, ITF et Rollin travaillent à une fusion-acquisition. Un deuxième report d’échéance est nécessaire mais finalement refusé par le tribunal. Avant la décision de liquidation, Rollin propose un plan B au mandataire judiciaire, qui impose la reprise de tout le personnel. C’est finalement, la reprise des actifs incorporels qui sera proposée.Le mandataire et le tribunal retiendront une simple offre de rachat du « fichier clients » proposée par ISF.

Gilles Fouquet maintient son idée de créer immédiatement à Blois un bureau commercial, ITF Blo numérique petit et grand format. « On a déjà une implantation commerciale importante en Loir-et-Cher, explique Gilles Fouquet. Mulsanne et Blois ne sont pas si loin, et à l’heure du numérique, les dossiers se traitent sans délai. Nos machines fonctionnent en 3×8, sept jours par semaine. Notre capacité de production est unique ». Dans l’imprimerie, la règle est simple, pour rentabiliser les investissements de pointe, il faut des marchés consolidés. Raison pour laquelle ITF s’est récemment offert les services de quelques anciens salariés clef de Rollin, dans l’idée de créer à Blois, le pôle numérique qui lui manque.

Trois questions à Antoine Rollin

L’Epicentre : L’imprimerie Rollin avait un fort attachement à sa zone de chalandise…

Antoine Rollin : C’est peu de le dire, le développement économique et les valeurs sociales que cultivait l’imprimerie Rollin, ont aussi permis de soutenir les associations, les événements culturels et les clubs sportifs, notamment celui des partenaires de l’ADA au premier jour de sa création. J’en suis fier !

L’Epicentre : Vous n’avez pas vu venir les difficultés ?

Antoine Rollin : Si bien sûr, et je n’ai eu de cesse que de vouloir redresser cette société, avec des apports personnels, mais aussi avec l’aide des collectivités locales, syndicat professionnel et la CPME. Dès la fin 2019, j’ai envisagé une réorganisation industrielle. Au cœur du premier confinement, j’ai travaillé pendant plusieurs mois sur un plan de reprise. J’ai travaillé sur une solution positive qui respecte l’éthique et les valeurs que j’ai toujours défendues, ce qui d’ailleurs, faisait partie des négociations en cours.

Informé de toutes ces négociations, le tribunal me laissait du temps pour trouver une solution au montage et aux paiements des échéances prévues. Mais fin 2020, contenu du manque de visibilité, le projet de cession n’a pu aboutir. J’ai repris contact avec mon confrère du Mans, Gilles Fouquet, avec qui nous avions déjà envisagé un rapprochement, mais face à la baisse d’activité due au deuxième confinement, la situation financière se dégradait.

Début janvier, la société Territoires et développement m’assignait en justice pour le retard de paiement de mes échéances. Devant l’accumulation des problèmes, fin février, le tribunal ordonnait une liquidation judiciaire au 31 mars. La liquidation n’a pas permis de donner une suite favorable à l’offre de reprise de l’Imprimerie ITF.

L’Epicentre : comment recevez-vous la décision finale ?

Antoine Rollin : L’arrivée à Blois d’un nouvel imprimeur de notoriété nationale permet d’éviter une situation de monopole local tout en proposant une forte réactivité et surtout une gamme de services élargie grâce à l’intégration d’un savoir-faire allant de la sérigraphie à l’offset numérique en passant par des solutions digitales, la mise en place de boutiques en ligne et l’innovation du papier connecté.

C’est une excellente nouvelle !

Par Stéphane de Laage

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