« La réforme impose un nouveau système pour une amélioration continue »

(2/2) 

La « loi avenir », ou réforme de la formation professionnelle et de l’apprentissage, bouscule les habitudes des acteurs du secteur. Les organismes de formation et les salariés sont directement impactés. Christophe Dupont, président de la Fédération de la Formation Professionnelle en Centre-Val de Loire*, fait le point.

Qu’est-ce que la Fédération de la formation professionnelle (FFP) ?

La Fédération représente environ 900 organismes de formations et leurs 2 300 établissements en France et 5,8 millions de stagiaires formés. En Centre-Val de Loire, on y compte 52 établissements pour 32 adhérents. Notre mission principale est donc de représenter le secteur de la formation professionnelle et de contribuer à l’élaboration des politiques publiques relatives à l’insertion, l’orientation et la formation professionnelles.

La « loi avenir » a-t-elle impactée votre activité ?

Nous avons été en avance sur la réforme qui se met en place aujourd’hui. La fédération propose des services auprès des adhérents pour les accompagner dans les évolutions du secteur. Les évolutions sont réglementaires ou concernent le positionnement de marché. Ce qui change pour nous ? Jusqu’à présent, nous nous adressions uniquement aux entreprises. Désormais, nos cibles sont à la fois les entreprises et les salariés qui peuvent décider de leurs formations grâce au compte personnel de formation (CPF). C’est un changement fondamental car les individus sont beaucoup plus impliqués qu’avant dans leur évolution et leur formation professionnelles.

Qu’est-ce que ça change pour les entreprises ?

Avant la réforme, les entreprises de plus de 50 salariés pouvaient utiliser leurs cotisations à la formation en fonction de leurs besoins de compétences. Aujourd’hui, ce n’est plus possible puisque ce sont les salariés qui décident de faire telle ou telle formation. Ça change les équilibres et l’impact peut être gênant du point de vue budgétaire.

Il n’est donc plus possible, pour une entreprise, de répondre à un besoin via la formation d’un salarié ?

Même s’il y a une perte de l’autonomie de l’employeur dans la formation, il est toujours possible de co-construire, avec le salarié, une action de formation. L’idée est donc toujours de répondre aux besoins de l’entreprise mais avec l’accord et l’envie du salarié. Ces temps de formation se font sur le temps de travail. Par contre, si le salarié décide de se lancer, seul, dans une formation sans lien avec son entreprise, c’est son droit individuel. Simplement, il doit la suivre sur son temps personnel.

Les organismes de formation vont-ils être impactés par cette évolution ?

La réforme de la formation professionnelle impose un nouveau système : toutes les entreprises de formation auront pour obligation d’être certifiées qualité au mois de janvier 2021, et 2022 pour les Centres de formation des apprentis (CFA). Un référentiel unique a été créé pour ce faire pour que la culture de la pédagogie aille de pair avec la culture de la qualité. L’organisme de formation doit répondre à 7 critères et à entre 9 et 32 indicateurs afin d’être certifié. Une fois certifié, il aura une obligation de lisibilité et de transparence, notamment pour les taux de réussite des formations. L’objectif est de permettre aux salariés de savoir avec qui ils s’engagent dans une formation. L’exigence de transparence est de plus en plus présente. C’est une amélioration continue pour le système de formation professionnelle.

La « loi avenir » concerne également l’apprentissage, qui est l’un des moyens de la formation professionnelle. Concrètement, qu’est-ce qui change ?

C’est un volet important : avant, seuls les CFA pouvaient proposer des formations en apprentissage et faisaient partie de la carte de la formation pour l’apprentissage. La réforme libéralise le marché de l’apprentissage, qui dicte sa loi. Tous les organismes de formation peuvent maintenant y prétendre, s’ils sont certifiés. Le système évolue sérieusement. Il faut espérer que les finances puissent suivre le rythme compte tenu de la progression rapide de l’apprentissage : en 2019, le Centre-Val de Loire a gagné environ 13% de nouveaux apprentis !

Propos recueillis par Claire Seznec

*Lors de notre interview, réalisée le 12 février, Christophe Dupont était toujours président de la FFP. Depuis, il s’agit d’Alain Bouteneigre.

FOCUS
La « loi avenir » reconnaît la possibilité de suivre une action de formation en situation de travail (AFEST). Cette action est « un parcours pédagogique permettant d’atteindre un objectif professionnel ». Quatre critères précisent les conditions de la mise en œuvre d’une AFEST : l’analyse de l’activité de travail pour l’adapter à des fins pédagogiques ; la désignation d’un formateur pouvant exercer une fonction tutorale ; la mise en place de phases réflectives distinctives des mises en situation de travail ; et enfin des évaluations spécifiques des acquis de la formations jalonnent ou concluent l’action.
Concrètement, l’AFEST n’est pas nouvelle mais les critères qui la définissent sont, eux, nouveaux.

Lire aussi : Formation professionnelle : le système est en pleine mutation

 

Facebook
Twitter
Envoyer à un ami
LinkedIn