DGS, dans l’ombre des élus

Le SNDGCT, Syndicat des Directeurs Généraux des Collectivités Territoriales, tenait colloque au château de Blois en fin d’année. Outre les sujets techniques évoqués en ateliers, c’est la « gestion des risques » qui était débattue en cette période de pandémie. Une occasion de redire le rôle central de ceux que l’on appelle sans distinction, les DGS. Portrait de l’une d’entre elles, Helène Mauranges, directrice générale des services de la ville d’Amboise, et présidente départementale du syndicat pour l’Indre-et-Loire.

On dit familièrement des laborieux qu’ils sont « cagneux », Hélène Mauranges l’est aussi au sens propre, puisqu’elle est issue des rangs d’Hypokhâgne. Suit une filière politique et sociale de Science Po., sociologie politique et des organisations, cours de droit, et même un DESS « collectivités territoriales ». « Je voulais être dans le concret », explique-t-elle. Ce dont elle a fait son quotidien, aujourd’hui DGS de la ville d’Amboise. Elle fut avant cela DRH de Chambray les Tours, et DGS d’une commune de 3.000 habitants, « la meilleure formation au monde, dit-elle, pour vivre la réalité des collectivités, et être dans le concret ». S’en sont suivi dix années au service de la communauté de communes du Val de l’Indre, avant d’être DGS adjointe de Tours Métropole.

L’Epicentre : Quelle est la mission du DGS ?

Hélène Mauranges : La première, et sans doute la plus fondamentale, consiste à mettre en œuvre le projet municipal dans la vie publique. Où l’on parle de binôme maire – DGS. Il faut aussi accompagner les équipes municipales. Identifier et dire quelles sont les étapes et les contraintes inévitables. Il faut qu’elles se sentent rassurées.

Les nouveaux élus ont parfois la volonté de changer le monde, avant de réaliser que tout n’est pas réalisable. Le DGS doit faire preuve de pédagogie, dire ce qui est faisable et ce qui ne l’est pas, et finalement garder le cap.

L’Epicentre : Il est le patron de la collectivité ?

Hélène Mauranges : Non, il y a d’ailleurs un flou juridique à ce sujet. Le chef de l’administration est le maire. Juridiquement, le DGS est en arrière-plan. Pourtant, la responsabilité du DGS est bien là, tant juridique que pénale. Notre rôle est de donner l’ensemble des informations à l’élu. Les conseils juridictionnels, financiers, pénaux… pour qu’il puisse prendre la décision la plus adaptée. En toutes choses Il y a une prise de risque que l’on doit mesurer.

L’Epicentre : Quelle est la formation des DGS ?

Hélène Mauranges : Elle est principalement juridique et relative à l’administration des collectivités. Les profils sont très divers, avec souvent une expérience managériale. On trouve souvent un bagage universitaire doublé d’une expérience financière, RH ou juridique, parfois très poussée qui permettent de  réagir vite si besoin.

L’Epicentre : Le DGS est un spécialiste ? 

Hélène Mauranges : De tout et de rien. (rire). Selon les projets, le maire veut tel ou tel profil. Mais à son arrivée les équipes sont existantes, il faut donc faire avec, et ne surtout pas prendre la place des autres. Dans les collectivités, on parle de poste et de grade plus que de fonction. Les gens sont ainsi en mesure d’avoir de nombreuses fonctions. D’ailleurs, le DGS ne recrute pas seul. Dans le jury, il y a parfois un DRH, souvent un élu, et ensemble ils définissent les axes des postes stratégiques. In fine c’est le maire qui recrute.

L’Epicentre : Le rôle est-il politique ?

Hélène Mauranges : Oui au sens de la mise en œuvre de la politique de la cité. Mais le DGS reste attaché aux valeurs du service public, et à la mise en œuvre du projet. La question du parti ne se pose pas.

L’Epicentre : Un désaccord peut néanmoins arriver ?

Hélène Mauranges : C’est vrai, dans ce cas, la fonction publique autorise la mutation sans motif. Les postes politiques sont plutôt ceux de directeur et chef de cabinet. Ce n’est pas le cas du DGS.

L’Epicentre : La collectivité fonctionne-t-elle sur le mode de l’entreprise ?

Hélène Mauranges : Ce n’est pas une entreprise comme une autre. Elle optimise ses finances mais ne cherche pas le bénéfice. Elle est au service de…Elle ne doit surtout pas se scléroser. Par les fusions, elle se renouvelle et c’est là, l’une des missions les plus enthousiasmantes du DGS.

Propos recueillis par Stéphane de LAAGE

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